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Le Quotidien du Médecin 01/07/2010 Posté par Céline GAGNEPAIN, le Lundi 05 Juillet 2010 Fichiers joints :
20100701_Quotimed_Interview_Andre_GAY_ISNCCA.pdf
Entretien avec le président de lISNCCA
LE CLINICAT, MAILLON INDISPENSABLE DU SYSTÈME HOSPITALIER
Devant laugmentation des effectifs dinternes, lIGAS et lIGAENR (1) préconisent de réformer le post-internat, de supprimer le clinicat et dinstaurer une année de séniorisation de linternat. « Ce nest pas parce que tous les internes ne pourront prétendre à un poste de chef de clinique quil faut supprimer le clinicat », réplique le Dr André Gay. Le président de lIntersyndicat national des chefs de clinique assistants (ISNCCA) rappelle le rôle fondamental des 3 700 chefs de clinique en matière denseignement et de recherche.
LE QUOTIDIEN - Percevez-vous les difficultés de formation au cours de linternat et du post-internat ?
DR ANDRÉ GAY - Le fait que les internes aient doublé voire triplé dans certains services avec des armées dexternes rend le compagnonnage difficile. Le post-internat commence aussi à poser problème dans certaines spécialités. Le nombre de chefs de clinique - 3 700 - na pas augmenté depuis plusieurs années. La différence, cest que les promotions dinternes, aux alentours de 2 500 au début des années 2000, sont maintenant de 7 000.
Sur ces 7 000 internes, combien auraient besoin daccéder à un clinicat ?
Cest toute la question ! Avant la mise en place du numerus clausus en 1971, le clinicat était réservé à une certaine élite hospitalo-universitaire. Par la suite, le clinicat est devenu quelque chose de plus commun. Aujourdhui, nous nous retrouvons dans la même situation que par le passé. Entre-temps, les postes dassistants des hôpitaux périphériques ont disparu. Le nombre de post-internat a diminué. Le débat est maintenant de savoir si les gens ont besoin dun post-internat ou dun clinicat. Notre position à lISNCCA est que le clinicat nest pas quelque chose à quoi tout le monde doit avoir accès (2). Par contre, le post-internat est important pour avoir un complément de formation dans les spécialités à geste technique.
LIGAS et lIGAENR préconisent de supprimer le clinicat et dinstaurer un internat senior à la fin du 3e cycle. Quen pensez-vous ?
La présentation de leur travail devant la Commission nationale de linternat et du post-internat (CNIPI), le 2 juin, na fait lobjet daucune concertation. Leurs conclusions sont aberrantes. Il nest pas question de supprimer le clinicat. Cest simplement une piste qui a été présentée par lIGAS. Ce nest pas la position adoptée par les ministères. Au contraire ! On crée des postes de chefs de clinique en médecine générale. La séniorisation est certes une piste intéressante mais elle ne doit pas être envisagée pour remplacer les modalités actuelles de clinicat ou de modèles composites (assistanat des hôpitaux, praticiens hospitaliers contractuels ou toute autre modalité daccomplissement dun post-internat dans les centres anticancéreux, PSPH
). Ne supprimons pas ce qui marche ! Le clinicat est un maillon indispensable du système hospitalier et universitaire.
Quest-ce qui vous inquiète dans le travail des inspections ?
LIGAS oublie les missions hospitalo-universitaires des chefs de clinique ! Outre le soin, ils assurent des missions de recherche et denseignement. Les 3 700 chefs de clinique représentent 30 % des enseignants des hôpitaux. On ne peut pas se passer deux. Lenseignement est un des curs de métier des chefs de clinique. Leur part denseignement est beaucoup plus importante quil y a cinq ans. La recherche est aussi très importante. Parmi les nouvelles missions de lAgence dévaluation de la recherche et de lenseignement supérieur (AERES), il y a lévaluation de la production scientifique des facultés de médecine. La production des chefs de clinique nest pas assez importante à lheure actuelle mais les doyens commencent à exiger davantage des chefs de clinique. Certaines validations de DESC impliquent de publier un article. Si lon supprime les chefs de clinique, ce sera la bérézina pour lavenir hospitalo-universitaire.
Pour autant, avec laugmentation du nombre dinternes, le clinicat va devenir inégalitaire.
Cétait déjà le cas à notre époque. Nous avons vu des internes bricoler avec une année de recherche supplémentaire pour atteindre un poste de chef de clinique. Certains ne lont jamais obtenu. Quand on regarde les plaques de médecins libéraux, peu sont danciens chefs de clinique. Pour autant, les Français ne sont pas mal soignés. Pas contre, Ils seraient moins bien soignés sil ny avait pas eu de chefs de clinique. Car ceux qui vissent leur plaque nauraient pas eu une bonne formation sans lenseignement des chefs de clinique.
PROPOS RECUEILLIS PAR CHRISTOPHE GATTUSO
(1) Inspection générale des affaires sociales et Inspection générale de ladministration de lÉducation nationale et de la recherche.
(2) Les spécialités qui nécessitent de suivre un post-internat sont celles qui relèvent dun DESC de type 2. Pour la validation de leur DESC, une année de post-internat est obligatoire.
Article de Christophe GATTUSO paru dans le Quotidien de médecin n° 8802 du 01/07/2010. |