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Le Quotidien du Médecin - 06/04/2006 Posté par Céline GAGNEPAIN, le Jeudi 13 Avril 2006 Fichiers joints :
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LUNION SYNDICALE CONTRE LAFFECTATION LOCALE DES PH
Les raisons dun quadruple « non »
Une fois nest pas coutume : la CPH, lInph, la CMH et le Snam-HP (1) font front commun. Ils mettent leurs différences de points de vue sur Hôpital 2007 dans leur poche et organisent aujourdhui une journée nationale de mobilisation pour protester contre le projet du gouvernement de confier aux seuls directeurs dhôpital le pouvoir daffecter les praticiens hospitaliers (PH) sur un poste. Leurs quatre présidents sexpliquent.
LE QUOTIDIEN En appelant conjointement à une journée daction, vous faites les uns et les autres un constat de blocage des négociations avec le gouvernement sur la question de laffectation des PH ?
Dr FRANÇOIS AUBART (CMH) Il est rare que nos quatre organisations se retrouvent sur la même analyse. Or cest ce qui se passe aujourdhui. Nous faisons cause commune sur une double analyse. Nous pensons dabord que la méthode du gouvernement est mauvaise parce que nous navons pas été concertés. Nous jugeons ensuite que la proposition nest pas recevable. Quelles que soient nos différences dapproche dHôpital 2007, nous nous retrouvons tous devant ce constat : toute affectation des PH confiée aux directeurs est une remise en cause inacceptable de notre indépendance professionnelle.
Dr RACHEL BOCHER (Inph) La méthode Villepin fait des dégâts. Pas de concertation, pas de réunions préparatoires : on a oublié dengager la discussion avec nous. Cest un mauvais coup porté aux syndicats. Il faut lexprimer et, au-delà, sensibiliser les praticiens à ce qui se passe. Pour leurs carrières et pour lavenir de lhôpital public. Dans la situation financière qui est la sienne, avec des praticiens démotivés 4 000 postes sont vacants, je le rappelle , linstitution avait-elle besoin quon sattaque à la nomination des PH ? Pour moi, cette histoire relève de laveuglement politique, de larrogance.
Pr ROLAND RYMER (Snam-HP) Nous navançons pas. Sur cette question de laffectation des PH mais aussi sur de nombreux points aujourdhui en jachère (la forfaitisation des gardes, la part complémentaire variable, les retraites...).
Le QUOTIDIEN - Vous craignez tous un assujettissement des PH au pouvoir administratif de leur hôpital. Pourquoi ?
Dr R. B. Parce que je vois ce qui se passe à lintérieur de lhôpital, je vois comment les directeurs sont nommés avec un avis local (celui du président du conseil dadministration) et je pense quil ne faudrait pas un système basé uniquement sur lallégeance. Ce dont on a besoin, cest de transparence et de compétence.
Pr R. R. Pour ce qui me concerne, je me pose en garant de lhomogénéité de la réforme Hôpital 2007. Or laffectation par le directeur seul me paraît contraire aux principes de la nouvelle gouvernance, je ne peux pas laccepter même si je ne moppose pas à laffectation locale ou régionale pour peu que les chefs de pôle et les présidents de CME y jouent un rôle tout à fait majeur.
LE QUOTIDIEN - Mais pour peu quil ne reste qu« administratif », ne peut-on concevoir le lien directeur/médecin comme logique ?
Dr R. B. Ce que je voudrais bien savoir, cest sur quels critères le directeur se basera pour faire son choix. La question est celle des contre-pouvoirs. Si on reste loco-local, on crée des potentats locaux. On a voulu décentraliser les dispositif, et, finalement, on en arrive à la reconcentration aux mains de quelques-uns. Il ne sagit pas de faire un procès dintention aux directeurs, mais le pouvoir absolu peut entraîner des dérives...
Dr F. A. Lhôpital est malade de sa bureaucratie. Confier aux élèves de lEnsp (Ecole nationale de la santé publique) laffectation des médecins ne me paraît pas être le bon traitement. Cela nempêche pas de dire que lhôpital doit se moderniser et que le statut des PH néchappera pas à ce mouvement. Mais la proposition qui nous est faite est provocante. Lorsque lon soumet laffectation à un directeur qui a pour première mission déquilibrer les comptes, on peut imaginer que les critères qui guideront ses choix seront avant tout financiers.
Dr Pierre Faraggi (CPH) Actuellement, les médecins dans un établissement sont un peu comme les ingénieurs dans une entreprise. Ils ont la capacité de proposition, délaboration, dorganisation de soins de qualité en fonction des dernières connaissances, de la relation médecin/malade... Cela ne doit pas disparaître. Dautant que, étant donné le contexte économique difficile, on peut imaginer que la logique comptable prenne le pas sur la logique de la qualité des soins.
LE QUOTIDIEN - Vous ne pouvez pas pour autant vous affranchir du contexte économique ?
Dr P. F. Non. Mais au bout du bout, dans des enveloppes comptables (et cest bien ce que nous connaissons depuis linstauration du budget global), le choix définitif doit être le fait du pouvoir médical.
Dr F. A. Nous savons compter ! Et nous admettons tout à fait que nous avons des responsabilités médico-économiques. Mais la déontologie nous rappelle quil faut un équilibre entre léconomique et le médical. Cet équilibre est rompu si le directeur affirme son pouvoir hégémonique sur laffectation des médecins.
LE QUOTIDIEN - Quels sont les effets de laffectation confiée aux directeurs que vous redoutez le plus ?
Dr P. F. Prenons lexemple de la psychiatrie ma discipline et des sorties dessai des malades sous contrainte. Quand je fais un tel choix aujourdhui, je prends un risque (le malade doit être stabilisé mais rien nest jamais sûr à 100 %, il faut tenir compte de lintérêt du patient...). Que feront les directions dans ce genre de cas ? Elles prendront évidemment le risque minimal. Aujourdhui, je suis totalement libre. Ma responsabilité dexercice est pleine et entière, je prends mes décisions en mon âme et conscience, sans contrainte. Jen aurai demain, je ne serai plus libre de mes choix puisque je ne serai pas à labri de mesures de rétorsion.
Dr F. A. Quobserve-t-on dans certains établissements privés ? Des praticiens soumis à des contrats parfois léonins ne respectant pas toujours la déontologie. Ce nest pas un modèle pour lhôpital public.
> PROPOS RECUEILLIS PAR KARINE PIGANEAU
(1) La Confédération des praticiens des hôpitaux, lIntersyndicat national des praticiens hospitaliers, la Coordination médicale hospitalière et le Syndicat national des médecins des hôpitaux publics.
Un premier pas vers la grève
Dite « de mobilisation », la journée daujourdhui pourrait être, faute de réponse adaptée des pouvoirs publics, le prélude à une action plus dure pourquoi pas une grève au mois de mai, préviennent ses organisateurs. En attendant, les syndicats vont, ce jeudi, alerter les PH sur les projets du gouvernement quant aux modalités de leur affectation. Réunions dans les hôpitaux, distributions de tracts aux médecins mais aussi aux patients... sont au programme. Les chefs de clinique ont intégré le mouvement. Leur syndicat, lIsncca, annonce quil «sengagera dans une action contestataire forte (...) si le projet nest pas retiré».
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