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Le Quotidien du Médecin 30/10/2008 Posté par Céline GAGNEPAIN, le Jeudi 30 Octobre 2008 Fichiers joints :
20081030_Quotimed_CHU_et_cliniques.pdf
Lutte d'influence entre le public et le privé
L'ENJEU DE LA FORMATION DES MÉDECINS
En autorisant, sous certaines conditions, les établissements privés à accueillir des internes en stage, la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST) va modifier le paysage de la formation des médecins. Alors que certaines cliniques préparent leurs projets pédagogiques, les CHU réfléchissent aux initiatives à prendre pour redevenir attractifs.
Les CHU veulent restaurer leur attractivité
LOURDEUR ADMINISTRATIVE, poids de la hiérarchie, manque de perspectives professionnelles, conditions de travail difficiles
Tels sont les principaux griefs des étudiants en médecine contre les CHU, selon une récente étude de la Fédération hospitalière de France (FHF). Les futurs médecins considèrent financièrement « plus motivante » la pratique en clinique. Forts de ce constat, doyens de médecine, présidents de CME de CHU et directeurs dhôpital ont donné rendez-vous la semaine dernière dans un amphithéâtre parisien à des étudiants, des internes, des chefs de clinique et de jeunes praticiens hospitaliers. Objectif de ce premier forum des carrières médicales en CHU : redorer le blason des centres hospitaliers et universitaires. « Les plus jeunes sont désabusés par les carrières hospitalières en CHU ; des collègues hospitaliers abandonnent leur poste pour regagner un exercice en libéral
Nous devons voir ce qui peut être mis à lavantage des CHU et les failles que nous voulons faire disparaître », affirme le Pr Alain Destée, président de la Conférence des présidents de CME de CHU. Alors que la loi HPST va offrir la possibilité aux établissements privés daccueillir des internes en stage, le Pr Christian Thuillez, président de la Conférence des doyens, estime que « le CHU doit rester la référence dans les missions de soins, denseignement et de recherche ». Problème, les étudiants, parfois entassés lors de leurs stages dexternat, « voient le CHU comme une industrie, où les patients passent à la chaîne, ce qui entraîne chez eux une répulsion de lhôpital », explique Célia Chiron, vice-présidente de lAssociation nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF). « Nous avons des efforts à faire pour montrer aux étudiants quils peuvent voir les patients à lhôpital comme en médecine de ville », confie Alain Destée. Plusieurs dispositions doivent être prises rapidement pour améliorer lattractivité des CHU, assure Sébastien Couraud, de lIntersyndicat national des internes (ISNIH). À commencer par une augmentation « significative » du salaire global des praticiens dès le début de carrière avec lintroduction dune part variable. « Lenjeu est de savoir comment garder les meilleurs car si on ne fait rien, le CHU ne gardera bientôt que les moins bons », prévient le Pr Benoît Schlemmer, doyen de Paris-VII. Agnès Guerre, de lIntersyndicat national des chefs de clinique assistants (ISNCCA), juge nécessaire de rémunérer les médecins à lhôpital à hauteur de leurs compétences en leur offrant également des perspectives dévolution de carrière. La directrice de lHospitalisation et de lOrganisation des soins (DHOS), Annie Podeur, abonde en ce sens. « Nous devons réfléchir à des trajectoires de carrière différentes des PH, conclut-elle, accepter quils puissent être à mi-temps pendant une partie de leur carrière et quils aient une partie de leur activité en libéral. Au Centre national de gestion (CNG) dêtre inventif sur le déroulement des carrières. »
Les cliniques sapprêtent à accueillir des internes
Les établissements privés attendent beaucoup de la possibilité qui leur est offerte par la loi Bachelot daccueillir sous certaines conditions des internes en stage. La semaine dernière, la Fédération de lhospitalisation privée (FHP) organisait une rencontre avec une vingtaine de chefs de clinique à la clinique internationale du Parc Monceau dans le but de leur présenter lexercice libéral en milieu privé. La FHP prévoit dorganiser et de développer ces soirées dinformation auprès des futurs médecins dans le cadre dun tour de France. « Nous travaillons avec les représentants des internes, des chefs de clinique et des syndicats médicaux pour aider les établissements à préparer des projets pédagogiques, essentiels dans les demandes dagrément », commente Philippe Burnel, délégué général de la FHP. Les services qui souhaiteront être terrains de stage devront répondre à un cahier des charges qui reste à écrire. Les responsables des CHU souhaitent que les autorisations soient délivrées à condition que la formation ciblée soit de haut niveau, ne puisse pas être réalisée dans le public, et que les capacités daccueil et lintérêt de la structure soient évalués. Lagrément ne devrait pas être délivré à un établissement mais à une personne ou à un groupe de personnes pour une durée et sur un projet déterminés. « Nous serons aussi exigeants pour les établissements privés que pour les CHU ou les centres hospitaliers de référence », confiait récemment le Pr Christian Thuillez, président de la Conférence des doyens. À ce jour, « 15 à 20 établissements privés accueillent des internes, selon Philippe Burnel. Il sagit de conventions entre une clinique, une unité médicale et une université, essentiellement en anesthésie et dans des disciplines chirurgicales. » Combien de services sont susceptibles de se porter candidats dans les prochains mois ? Difficile à savoir. « Quelques dizaines au début », prédit Philippe Burnel, selon qui les établissements privés se savent « attendus au tournant ». La clinique du Parc Monceau va demander des agréments de terrains de stage pour plusieurs de ses services (chirurgie, dialyse, médecine interne
). « Nous avons également le projet de participer à des actions de recherche », annonce Stéphane Liévain, directeur de létablissement. Avec toujours derrière la tête lidée que « les jeunes daujourdhui sont peut-être nos techniciens de demain ». Lenjeu est important à plus dun titre. « Il est primordial que les jeunes découvrent lexercice en établissement privé où près de la moitié dentre eux vont exercer, commente le Dr Jean Halligon, président de la Conférence nationale des présidents de CME dhospitalisation privée. Quils ne sinquiètent pas, ils ne seront pas là pour tenir les écarteurs ! » Favorable à louverture de stages dinternat dans le privé, Raphaël Gaillard, président de lISNCCA, note lintérêt pédagogique de cette évolution, certains actes étant plus fréquemment réalisés en établissements privés que dans le
public (anesthésie locorégionale, endoscopie
). Pour lui, il est toutefois essentiel que la mise en place de ces stages se fasse « sous légide des doyens ».
Article de Christophe GATTUSO paru dans le Quotidien du Médecin n° 8451 du 30/10/2008 |